Vendredi 16 juin 20h45

la séance sera suivie d'une rencontre

 

 avec la réalisatrice Lidia TERKI

Affiche cinéma,PARIS LA BLANCHE, cinéma Aubergenville, Paul Grimault, 78410, Yvelines

Synopsis

 

Sans nouvelles de son mari, Rekia, soixante-dix ans, quitte pour la première fois l'Algérie pour ramener Nour au village. Mais l'homme qu'elle finit par retrouver est devenu un étranger.

 

Réalisateur : Lidia Terki

 

Acteur : Tassadit Mandi, Zahir Bouzerar, Karole Rocher, Sébastien Houbani, Dan Herzberg

 

Genre : Drame

Nationalité : France

Durée : 1h26

 

Tous publics

Télérama

 

Critique lors de la sortie en salle le 29/03/2017

 

Par Pierre Murat

 

Un jour, elle se décide à quitter sa Kabylie pour Alger la blanche, puis découvre, seule, perdue, un Paris grisâtre. Son mari y vit depuis quarante-huit ans, mais jusque-là il lui envoyait régulièrement un mandat. Plus depuis quelques mois. Rekia marche dans les rues, aboutit à Pigalle où elle s'évanouit de fatigue, recueillie par Tara. « Qu'est ce qu'il fait, votre mari ? — Il doit être à la ­retraite, maintenant — Eh bien, on va le retrouver, ne vous en faites pas : tout le monde est fiché dans ce pays. »

 

C'est un petit film modeste, ce qui le rend très beau. Tendre comme une caresse, un effleurement. Rekia ne sait pas si sa quête aboutira, elle sait seulement qu'elle doit l'entreprendre avant qu'il ne soit trop tard, pour elle et pour cet homme qu'elle a, en fait, si peu connu. Par ses regards, ses hésitations, Tassadit Mandi rend palpable la douce obstination de l'héroïne, tout comme son inévitable résignation. On n'est certes pas dans le style de Yasujirô Ozu, mais un peu dans son univers : un couple âgé, devenu inutile à la société (les immeubles que l'émigré a construits menacent d'être démolis), qui se découvre étranger, en dépit de sa complicité... La réalisatrice est sans colère ni rancoeur. Elle croit — et Tara, interprétée par Karole Rocher, le prouve — à la force de la compassion et de la générosité, même passagères. Et sa rigueur lui permet d'éviter l'exhibitionnisme sentimental auquel tant de maladroits auraient succombé.

Pierre Murat

Les InRocks

 

Les retrouvailles d’un couple algérien séparé par l’exil. Emouvant.

 

Dans la galaxie de l’immigration algérienne, je demande la première génération, celle de ces dames “invisibles” et de ces papys discrets que l’on voit parfois papoter sur les bancs publics de nos villes ou jouer aux dominos dans les cafés maghrébins. Ils ont aujourd’hui entre 70 et 80 ans, sont peu filmés (on se souvient de quelques belles scènes dans La Graine et le Mulet d’Abdellatif Kechiche), et on sait gré à Lidia Leber Terki de leur avoir consacré ce film sensible.

 

On y suit la belle septuagénaire Rekia, qui quitte son village kabyle pour prendre le bateau direction Marseille, puis le train pour Paris, afin d’y retrouver son mari, Nour, pour le ramener enfin au pays. De ce voyage, elle ne dit rien à ses enfants, qui en veulent à leur père de les avoir abandonnés. Au bout de son trajet labyrinthique, au cours duquel elle aura croisé la question des migrants, écho contemporain de son vécu, elle finit par retrouver Nour dans un foyer de banlieue.

 

L’amour dure cinquante ans

 

Paris la blanche est tissé de subtilité, de non-dits parlants, de grande douceur aussi pour dire les conséquences de long terme qu’inflige aux êtres l’exil contraint : couples séparés, familles rompues, transmission brisée, écartèlement identitaire, déracinement impossible à ré-enraciner quelque part. Une litanie de maux sculptant sur le long terme les vies (et les visages) de ce couple fatigué mais digne, contrebalancés par un amour résilient d’autant plus poignant qu’il s’exprime pudiquement.

 

Lidia Leber Terki filme cette histoire simple mais riche de sens avec beaucoup d’attention, de patience, de délicatesse, bien épaulée par Tassadit Mandi et Zahir Bouzerar, ses deux comédiens remarquables. “L’amour dure trois ans”, disait Beigbeder. Ici, il dure cinquante ans, envers et contre toutes les entraves de l’histoire, et c’est très poignant.

retour accueil